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Introduction de la journée d’étude “La Table”

Cette publication collective rassemble les communications des intervenants ayant participé à la journée d’étude consacrée à “La Table”, organisée le 17 décembre 2025 par l’ensemble des étudiants de M1 du Parcours Renaissance du CESR. Cette deuxième journée des laboratoires du CESR témoigne d’une réflexion transversale autour d’un objet à la fois quotidien, symbolique et culturellement structurant. Les textes réunis ici sont destinés à l’ensemble des étudiants des différents parcours du CESR (Alimentation, Archéologie, Humanités Numériques, Patrimoine, Renaissance), à ceux des autres universités et plus largement à tous les lecteurs curieux de découvrir la richesse du thème de la table. 


À la fin du Moyen-Âge, comme à la Renaissance, la table est au centre de la vie quotidienne. Les articles publiés ici proposent d’étudier cet objet en s’interrogeant sur des pratiques aussi bien culinaires, qu’artistiques et/ou symboliques. La table est, de façon évidente, l’objet sur lequel se déroulent les repas et où ils se préparent. Au travers de la culture matérielle, s’exprime la mise en scène du quotidien, se donne à voir l’évolution des modes de vie et la compréhension des pratiques ordinaires sur et autour de la table. De l’étal, où les commerçants exposent leurs marchandises, à la table de nuit où reposent nos effets personnels, en passant par la table d’auscultation du médecin, cet objet est omniprésent dans nos vies. Les usages que l’on en fait sont simples en apparence. Néanmoins ces meubles en eux-mêmes peuvent témoigner de l’ingéniosité et de la créativité des artisans marqueteurs qui les ont conçus, en bois ou en pierre, par exemple. C’est notamment ce que met en évidence l’entretien avec Pascal Julien que nous publions en annexe et qui aborde notamment cette question de la matérialité.

Léonard Limosin, Jeu d’échiquier et trictrac, 1537 (émail peint, 46,5 x 47 cm),  Musée du Louvre, Dpt des Objets d’art du Moyen Age, de la Renaissance et des temps modernes, ML 128 [Source : Musée du Louvre].

La table peut aussi apparaître comme un éminent espace de sociabilité et de convivialité : on ne s’y retrouve pas seulement pour manger, mais aussi pour converser, échanger et construire des liens. Elle peut ainsi être le support des divertissements de la cour, en tant que table de jeu, comme en témoigne le plateau émaillé par Léonard Limosin en 1537, conservé aujourd’hui au musée du Louvre, véritable objet de prestige destiné aux jeux d’échec et de tric-trac (voir supra). La table se pare aussi parfois de linges délicats, qui accueillent et mettent en valeur une vaisselle raffinée pour faire honneur aux convives, comme en atteste le fragment de nappe de Pérouse conservé au musée de Cluny (voir infra). Cette petite pièce de textile (50 x 76 cm) de la fin du XVe siècle est, selon la description donnée par le musée, “représentative d’une production textile née en Italie centrale au XIIIe siècle. Il s’agit d’un linge blanc orné aux extrémités de bandes bleues unies ou à motifs stylisés”.

Fragment de Nappe de Péouse, fin XVe siècle, tapisserie, 50 x 76 cm, Paris, Musée de Cluny [Source : Musée de Cluny].

On peut aussi penser au rôle essentiel que les banquets, autrefois comme encore aujourd’hui, jouent dans la formation ou dans la consolidation d’alliances politiques, économiques, ou parfois familiales. La table est encore le lieu des mystères religieux, où la Cène est réitérée par la consécration de l’hostie élevée au-dessus de l’autel, élément central de la liturgie catholique. Dans une autre acception religieuse du mot, cette fois liée à l’écrit, on peut également penser aux tables de la loi données à Moïse par Dieu lui-même. La légendaire table ronde des chevaliers du roi Arthur en quête du saint Graal, représente encore dans l’univers de la fiction médiévale, un lieu où s’articule le pouvoir des hommes et la puissance merveilleuse du sacré. Indéniable espace de culture, y compris dans des contextes plus profanes, la table peut aussi devenir une scène où se mêlent spectacles, musique, théâtre et poésie, de sorte qu’elle contribue à véhiculer l’idéal humaniste du plaisir des arts, en même temps que celui des sens.

Ces différents exemples tendent à montrer que la table touche à de nombreuses notions, qu’il est possible d’explorer autant dans ses aspects matériels, culturels, religieux, sociaux, politiques que plus largement symboliques, dans des espaces géographiques variés.


Six sujets ont été abordés par les intervenants lors de cette journée d’étude; ils ont été regroupés en trois parties.

Le premier était consacré à “Montrer la table”. Ce thème a été l’occasion de réfléchir à la mise en exposition du meuble selon deux angles distincts. D’une part, Fanny Fréminé Garcia a montré comment les souverains exposaient sur leurs tables la splendeur de la mer à travers les objets créés par les orfèvres au XVIe siècle pour les tables princières, à partir de matériaux issus des profondeurs marines (coraux, perles, coquillages). Ces œuvres, sur lesquelles portent ses recherches doctorales, avaient également pour fonction de manifester et de célébrer la puissance politique et maritime de leurs territoires. D’autre part, Pierre-Gilles Girault a proposé une approche patrimoniale, en présentant les enjeux muséographiques complexes des expositions ayant pour sujets la table et la gastronomie de la Renaissance. Comment, en effet, représenter un patrimoine culinaire immatériel aujourd’hui disparu à un large public ? Ces réflexions ont été nourries de ses nombreuses expériences en tant que commissaire d’exposition.

Le thème de “L’art de bien manger” a été exploré par Anne-Constance Legros et Loïc Bienassis grâce à deux communications portant sur les ingrédients et leur mise en œuvre dans les recettes à la période moderne. En repartant de ses travaux doctoraux en cours, Anne-Constance Legros a présenté le champignon comme un ingrédient ambivalent à la Renaissance, en tension entre ce qu’en disent les Anciens et ce qu’en montrent les expériences du temps ; entre la peur du poison la curiosité du goût ; entre l’ordre des connaissances et le désordre du vivant. Pour sa part, Loïc Bienassis s’est intéressé aux recettes du Livre de cuysine tres utile et proufitable, publié dans les années 1540. Son regard s’est porté particulièrement sur les problèmes de quantification et de mesures des ingrédients que posent les présentations de ces préparations culinaires.

En dernier lieu, l’étude des “tables prestigieuses” a permis de s’intéresser aux espaces religieux et princiers. Valentina Sapienza, en tant que spécialiste de la peinture vénitienne, a proposé une lecture des différents tableaux de la Cène peints par Tintoret en plein cœur du XVIe siècle à Venise. Le dernier repas du Christ en compagnie des apôtres, avant la trahison de Judas et la Passion, fournit en effet au peintre un sujet propre à rendre compte des débats et des questionnements théologiques dans une époque d’intense agitation religieuse. L’intérêt de Thomas Leconte s’est pour sa part porté sur l’atmosphère festive et musicale dans la France de la fin du XVIe et du XVIIe siècles, jusque sous Louis XIV. Les repas de la cour sont transformés en véritables spectacles mettant en scène le pouvoir du prince selon une étiquette et des codes très particuliers, grâce à la création de musiques de tables venant rythmer les soupers et les ritualiser.


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Alyssa Cogulet
Alyssa Cogulet
Antoine de Gostowski
Antoine de Gostowski

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Alyssa Cogulet, Antoine de Gostowski (8 avril 2026). Introduction de la journée d’étude “La Table” La Pépinière du CESR. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/161a5


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