Conclusion de la journée d’étude sur “La Table” (n°2 – 17 décembre 2025)
La journée d’étude organisée par les M1 Renaissance du CESR autour du thème de la table a accueilli des spécialistes de diverses disciplines universitaires : histoire, histoire de l’art, musicologie, histoire de la gastronomie et alimentation. Ces approches variées ont permis de percevoir comment cet objet de notre quotidien a priori banal, pouvait se charger de riches significations patrimoniales.

Ms. Paris, BnF, lat. 7907 A, fol. 83, début XVe siècle [Source : Gallica].
En historiens s’appuyant sur des sources relevant plutôt d’un patrimoine écrit (qu’il s’agisse de livres de cuisine ou bien d’écrits de botanique voire de médecine), Anne-Constance Legros et Loïc Bienassis nous ont ainsi conduit à mieux nous représenter ce que l’on pouvait servir sur les tables médiévales et modernes. En attirant notre attention pour l’une sur un ingrédient (le champignon), et pour l’autre sur le rapport des hommes de ce temps à la quantification et à la mesure des divers éléments d’une recette, ils ont adopté des angles distincts mais complémentaires. Nous pouvons ainsi non seulement imaginer ce que l’on pouvait déguster à l’époque, mais aussi mieux comprendre comment se nouait alors la tension entre nature et culture. Enfi,, cela nous donne une idée plus précise quant à l’état des savoirs et des savoirs-faire en matière d’histoire de l’alimentation comme d’histoire des sciences à l’époque moderne.
De manière plus concrète encore, dans une approche mettant en valeur la culture matérielle, Fanny Fréminé Garcia et Pierre-Gilles Girault ont montré que penser la table, c’est aussi penser aux objets qui l’enrichissent et la décorent, comme le fait par exemple la splendide vaisselle présentée par Fanny Fréminé Garcia, qui se trouve aussi à la croisée du naturel – puisque ses matériaux viennent de la la mer – et du culturel – puisque les orfèvres transforment en somptueux et poétiques artefacts les perles et coraux puisés au fond des océans pour venir orner les tables princières. Ces deux contributions soulignent d’ailleurs la grande complémentarité du travail de l’historien de l’art et de celui du conservateur, qui, en passant de l’analyse à la pratique d’exposition, permettent de transmettre au grand public et de partager le plus largement possible un savoir établi par les spécialistes. Les questions soulevées par Pierre-Gilles Girault, qui ne valent pas seulement pour la Renaissance mais peuvent être envisagées en diachronie, engagent ainsi à penser la façon dont il est possible, par l’objet, de donner accès à une certaine culture immatérielle.
De fait, on passe parfois, sur ces tables princières si richement ornées, de l’art de la table et du décor, à la mise en scène de véritables spectacles. La table devient alors un théâtre, où peut se filer poétiquement la métaphore maritime, comme nous l’a montré Fanny Fréminé Garcia, mais où résonne aussi, comme le souligne l’article de Thomas Leconte, l’art de la musique, qui contribue à installer un décorum, à rythmer la temporalité des festins. Autour de ces tables, qui n’ont rien de communes, et où les artisans et les artistes rivalisent d’invention et d’habileté pour surprendre et pour créer, on peut d’ailleurs se demander que figurent les convives : sont-ils spectateurs de ce spectacle total ? ou bien sont-ils acteurs à part entière de celui-ci ?
Un peu des deux sans doute, si l’on considère qu’à la Renaissance comme à l’âge classique, la table ainsi théâtralisée, revêt une dimension proprement politique et raconte, en recourant au symbolique, une manière de représenter le pouvoir du prince. C’est aussi cette dimension symbolique que la communication de Valentina Sapienza nous a conduit à envisager, cette fois sur son versant religieux, en regardant d’un œil neuf la Cène du Tintoret. Pour l’heure, nous ne publions ici qu’un résumé de cette passionnante intervention, dans l’attente de l’article complet, qu’éditeront nos successeurs, en 2026-2027.

“Un festin donné au peuple romain” (plat, c.1560), dessin d’après Taddeo Zuccari. Paris, Musée du Louvre [Source. RMN].
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On le voit, la table ne se réduit donc ni à ce que l’on y sert, ni à sa matérialité, mais elle peut revêtir plus fondamentalement de profonds enjeux anthropologiques, sociaux et spirituels. À ce titre, il aurait été possible de traiter bien d’autres questions, en examinant d’autres milieux, d’autres périodes, d’autres espaces, d’autres usages.
Certaines de ces pistes d’étude sont d’ailleurs soulevées, en guise de riche ouverture dans l’entretien que Pascal Julien a bien voulu accorder à deux étudiantes de notre groupe, en marge de la journée d’étude de décembre 2025. Il y rend compte de certains aspects de ses propres travaux d’historien de l’art, qui fut autrefois restaurateur en ébénisterie. Mais il présente également quelques axes d’enquête qui s’ouvrent encore autour de ce sujet. Cela ne manquera sans doute pas d’aiguiser l’appétit de recherche d’étudiants, en particulier du CESR, toutes spécialités confondues.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Amandine Curie-Seimbres, Tiffany Dos Santos, Leid Dufour (24 mai 2026). Conclusion de la journée d’étude sur “La Table” (n°2 – 17 décembre 2025). La Pépinière du CESR. Consulté le 11 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/169n1
